B. De Bast, Manuel d'escrime

Date : Vendredi 22 janvier 2010 @ 00:21:57 :: Sujet : Extraits Choisis

Manuel d'escrime

Capitaine De Bast
Ancien professeur de toute arme et gymnastique
A la Société Royale et Chevalière de St Michel, à Gand

J Kips, JHg - Imprimeur Editeur - La Haye - 1836

Pages 172 a 178

CHAPITRE XV.

De l'espadon. Du bâton à Jeux bouts. Du bâton brisé. Du fléau ou martinet. Du fléau à battre le grain , et du fleau brisé.
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L'escrime , à emprunté à l'espadon les coupés de revers et les coupés de couronnement ; c'est le célèbre Lafaugère qui l'a enrichie de ces derniers. L'exercice du bâton a deux bouts est très utile pour assouplir le corps , fortifier les reins et les bras, et entretenir la santé; mais il faut apprendre le jeu de Rouen; le jeu de Paris est beaucoup moins beau; le maniement d'aucune arme n'exige un exercice aussi fatiguant, mais elle est la plus sûre; un fort bâtonniste, tenant une canne ou un bâton, se tirera toujours d'affaire s'il est attaqué même par plusieurs individus armés de couteaux ou d'épées, et il les mettra promptement hors de combat.

Le bâton brisé se compose de six bâtons d'un demi-pied de longueur, unis l'un à l'autre par des nœuds en corde de boyau; il ne sert qu'à porter des coups, mais ne comporte pas de parade

Le fléau ou martinet qui est un bâton d'un pieds de long garni de neuf ou d'un moindre nombre de cordes en boyau, ou de lanières de peau tressées, longues d'un mètre, et terminées chacune par une balle de plomb, est une arme très redoutable; elle ne comporte qu'un seul mouvement c'est un moulinet de toutes ces balles autour de la tête du tireur; mais l'effet en est tel, que si une balle atteint l'adversaire, à l'instant toutes les autres viennent le frapper au même endroit. Cette arme, qui est une bonne défense, n'offre comme exercice aucune utilité, et est très dangereuse pour le tireur; il faut être fort au bâton à deux bouts avant de l'apprendre, sinon ou courrait le risque de se tuer soi-même en la maniant.



Le fléau a battre le grain est la seule arme qui résiste au bâton a deux bouts, quand elle est bien maniée; il faut être déjà fort bâtonniste et avoir un bras vigoureux pour apprendre à se servir de cette arme, dont les coups et les parades sont les mêmes que ceux de bâton à deux bouts, excepté les moulinets de côté que l'on ne peut faire avec le fléau.

Le fléau brisé ne diffère du bâton brisé que par une boule de fer, armée d'une pointe, qui le termine; les parties de cette arme sont attachées par des peaux d'anguille; elle est aussi très dangereuse à manier.

Il est des maîtres de pointe qui prétendent, qu'armé d'une épée, on peut combattre avec avantage les bâtons et les fléaux, en lançant un linge, ou un vêtement pour embarrasser le moulinet; j'ai acquis la conviction que, bien maniées, ses armes triomphent de toute résistance.

CHAPITRE XVI.

De l'Escrime orthopédique.

L'Escrime peut être employée sur les enfans avec avantage, comme moyen de corriger quelques vices de conformation peu marqués, ou des habitudes vicieuses dans la tenue du corps, pourvu quelles ne soient pas encore trop fortement enracinées. Ainsi  lorsqu'un jeune garçon ou une jeune fdle porte mal la tête, soit de côté, soit baissée vers la poitrine; ou si le corps porte ordinairement plus sur une hanche que sur l'autre; si une épaule est plus hante ou plus portée en avant que l'autre , ou si toutes les deux portent en avant ; dans tous ces cas l'escrime et le bâton peuvent amener en peu de temps le redressement des parties anormales.

Le maître commencera par apprendre à l'élève les deux premières positions de l'escrime, et le fera beaucoup marcher et rompre; lorsqu'il sera dans la première position, il fera souvent redresser la tête par le commandement: tête haute, et la lui fera tourner à droite et à gauche, par les commandemens tête (à) droite, tête (à) gauche. Ensuite il devra lui apprendre tous les exercices de l'école du soldat sans armes. Puis il lui fera reprendre le fleuret, porter les bottes, prendre les parades et tirer le mur, mais en se fendant très peut, et selon ses moyens physiques. En répétant souvent ces exercices on obtiendra au bout de quelque temps des succès remarquables.

Lorsque l'élève commencera à se fendre avec aisance, et à avoir la main plus légère, s'il pèche surtout par de la raideur dans les articulations des bras et des jambes, il faut lui montrer les voltes du bâton.

J'ai souvent enseigné les premiers principes de l'escrime et du bâton à de jeunes demoiselles, dont plusieurs étaient très bien conformées d'ailleurs, et j'ai toujours remarqué que ces exercices, tout en facilitant le développement de leurs membres, donnait une tenue et une marche gracieuses; elles se trouvaient aussi bien mieux disposées pour apprendre à danser. Il faut cependant bien connaître le maître auquel on confie cette partie de l'éducation des jeunes gens; car s'il n'enseignait pas de bons principes, loin d'assouplir les membres de ses élèves, il les raidirait; il doit en outre être très intelligent, pour pouvoir juger de ce qu'il convient de faire faire à l'élève, d'après son sexe et ses forces; sinon il pourrait donner à une jeune demoiselle des habitudes de corps et une démarche masculines, ou exténuer un jeune garçon en le fatiguant trop.


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Capitaine B. De Bast, Ancien professeur à la Socièté Royale et Chevalière de St Michel, à Gand





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