Encyclopédie du 19° siècle

Date : Mercredi 20 janvier 2010 @ 10:43:46 :: Sujet : Extraits Choisis

Encyclopédie du dix-neuvième siècle
Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts

Tome IV
Au bureau de l'encyclopédie du XIX° siecle - Paris - 1838

Pages 779 a 781

BATON, morceau de bois rond, non flexible, plus court qu'une perche, moins mince qu'une baguette, d'un diamètre à peu près égal dans toute sa longueur, et maniable dans toute ses parties.
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La loi des Frisons ne donne qu'un demi-sol de composition à celui qui a reçu des coups de bâton. Par la loi Salique, si un ingénu donnait trois coups de bâton à un ingénu, il payait trois sous ; s'il avait fait couler le sang, alors la peine se mesurait par la gravité des blessures.

La constitution de Charlemagne, insérée dans la loi des Lombards, veut que ceux à qui elle permet le duel combattent avec le bâton.

Le capitulaire de Louis-le-Débonnaire donne le choix de combattre avec le bâton ou avec les armes. Dans la suite, il n'y eut que les serfs qui combattirent avec le bâton; de là il s'ensuivit que le bâton était, comme à Rome, un instrument d'outrage, parce qu'un homme qui en a été battu a été traité comme un vilain.


Louis, duc d'Orléans, ennemi du duc Jean de Bourgogne, portait pour devise dans la banderolle un bâton épineux et noueux avec ces mots : si l'envie, par lequel il voulait dire que où il frapperait, la peau y lèverait. Le duc de Bourgogne, pour y répondre, fit pendre un rabot dans ses bannières, voulant dire qu'il raboterait et aplanirait le bâton noueux du duc d'Orléans

Le poète Roy, ayant fait une épigramme sanglante contre Moncrif, auteur d'une histoire des chats, celui-ci perdit patience, et il fit payer au dos du satirique les torts de sa langue; mais il le châtia sans le corriger, car, en recevant paisiblement ses coups, Roy se contenta de lui crier de temps en temps : Pâte de velours, minet, pâte de velours. Le même poète exerça également sa rime satirique contre l'abbé Chauvelin, remarquable par l'exiguité de sa taille et par sa difformité. Je lui donnerai cent coups de bâton, disait l'abbé; Roy lui répondit en le toisant : Voulez-vous donc me casser les jambes?

L'Académie française exigeait de Molière, pour le recevoir dans son sein, qu'il renonçât, sinon au théâtre, du moins aux rôles où il recevait des coups de bâton. On sait qu'il n'accepta pas cette condition.

Parmi les bâtons antiques célèbres, on doit citer celui de Peregrinus Protée, philosophe cynique, qui fut vendu un talent (4,800 fr.), et celui de Diogène. Parmi les bâtons modernes, on cite la canne du Grand-Frédéric, celle de J.-J. Rousseau, et celle de Voltaire; ces trois bâtons ont été l'objet d'un commerce très lucratif, et chacun d'eux a été vendu à un très grand nombre d'exemplaires. Nous avons encore à citer le fameux bec à corbin de Louis XIV, ainsi que la canne à musique de Napoléon, qui a été vendue à Londres au prix de neuf cent quatre vingts francs. N'oublions pas non plus dans cette nomenclature le bâton de bois de pommier sauvage que Franklin légua par testament à Washington.

L'Écriture-Sainte emploie souvent le mot bâton au figuré. Ainsi elle dit : « Espérez-vous trouver du secours dans ce bâton de roseau (4. Reg., xvm, 2) ? Les méchants sont comme un bâton dans les mains de Dieu ; il s'en sert souvent pour éprouver les bons (haie, 5). Mon fils était le bâton de ma vieillesse (Tob., v. 23 ). Dieu menace Moab de briser le bâton de sa gloire (Jérém., Xlviii, 17 ). »

Le mot bâton prend place dans une foule de locutions familières qu'il suffira de mentionner. Venir ou partir le bâton blanc à la main, c'est arriver ou s'en aller assez pauvre. On saute le bâton , quand on fait une chose avec hésitation ou malgré soi. Celui qui bat l'eau avec un bâton perd sa peine. Un travail fait à bâton rompu, c'est-à-dire, à diverses reprises, manque presque toujours d'ensemble. Tirer au court bâton avec quelqu'un, disputer sans se relâcher sur rien, aboutit à ne pouvoir vivre avec personne. Jeter des bâtons dans les roues, susciter des obstacles aux gens, est le fait d'un esprit vindicatif ou tracassier. L. D.


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Encyclopédie du 19° siècle publié par Ange de Saint-Priest





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